Cette histoire, c’est du chinois

septembre 21st, 2018  |  Published in A la une !, Inspis : fictions

Note : cet article vous est (aaah, le retour !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Cette fois-ci, notre opiniâtre mousquetaire vous propose d’aller regarder du côté d’un héros ayant eu l’honneur d’une série sur France TV. Maigret ? Loulou la Brocante ? Vous verrez bien…

Mon goût pour le XVIIIe siècle, et plus particulièrement sa deuxième moitié, m’a amené à être lecteur des romans de Jean-François Parot mettant en scène son enquêteur Nicolas le Floch (14 titres), et spectateur de la série télévisée qui en a été adaptée (12 épisodes). Comme avec beaucoup de séries de « polars historiques », j’éprouve envers celle-ci une relation mitigée. D’un côté, le plaisir d’une promenade littéraire et « policière » dans quelques facettes de cet univers. De l’autre, la sensation – parfois diffuse, parfois aigüe – de lassitude devant les éléments devenant « obligés » : les recettes de cuisine, les ficelles que je finis par trouver grossières (la chance insolente du héros, les indices improbables, etc.) et, agacerie parmi les agaceries, la séquence finale avec tous les suspects réunis dans une même pièce et le décorticage de l’intrigue par l’enquêteur jusqu’à confondre le coupable. Argh !

Ceci étant posé, et pour en revenir à une perspective terraincognitesque, je dirai quelques mots du Prince de Cochinchine (2017), dernier roman de cette série dont l’auteur est décédé en mai dernier.

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Comme pour mes précédents billets sur des romans, si vous envisagez de vous plonger dans ce livre, lisez-le d’abord puis revenez lire ce billet ; cela vous évitera de tomber, ici, sur des éléments qui vous priveront de tout ou partie du suspense.

L’intrigue se déroule en totalité en France, et en très grande majorité à Paris, en 1787 ; mais elle n’en présente pas moins beaucoup d’intérêt pour une adaptation à Terra Incognita.

L’arrière-plan est celui de la négociation d’un traité entre la France et le prétendant au trône impérial d’Annam, à une période où la guerre civile règne dans le territoire qui correspond à peu près au Vietnam d’aujourd’hui. Le rapprochement est impulsé par un évêque français, membres des « Missions étrangères », société apostolique qui œuvre surtout en Asie. L’idée est de mettre fermement un pied français dans cette région du monde, sur la route commerciale avec la Chine et, de ce fait, de rendre la monnaie de leur pièce aux Anglais qui ont chassé les Français des Indes après la guerre de Sept Ans, et de damer le pion des Hollandais qui visent l’Annam de leur grande base à Batavia (l’actuelle Jakarta, en Indonésie).

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Plusieurs partis – étrangers et français – tissent donc des alliances de circonstance pour saboter la mission de l’ambassade cochinchinoise venue à Paris négocier et signer le traité, et les motivations ne manquent pas : mettre à mal la diplomatie et les intérêts économiques « lointains » de la France, raviver l’éternelle rivalité franco-anglaise ici ou ailleurs, mobiliser les agents français sur cette affaire cochinchinoise pour les empêcher d’agir sur d’autres fronts, ou encore, plus simplement, affaiblir un peu plus le prestige de Louis XVI déjà bien entamé par sa propre indécision à gouverner et par les frasques de la reine.

S’emparer de l’intrigue de ce roman pour Terra Incognita n’est pas une épreuve insurmontable :
– le supplément sur Paris n’attend que d’être mis à contribution ;
– les contrées extrême-orientales sont encore très porteuses de mystères ;
– Louis XIV avait tenté un rapprochement avec le royaume de Siam (l’actuelle Thaïlande), dans la deuxième moitié du XVIIe siècle [lire, par exemple : https://www.geo.fr/photos/reportages-geo/expedition-du-siam-la-folle-epopee-coloniale-de-louis-xiv-127594], sans réussir, toutefois, à y implanter durablement une présence militaire, les garnisons françaises en étant chassées en 1689 ;
– les rivalités avec l’Angleterre d’une part et les Provinces-Unies hollandaises d’autre, voire avec l’alliance des deux, sont des éléments récurrents du règne du Roi-Soleil. Et il n’y a pas de raison que ça cesse ;
– la variété des bandes qui grenouillent dans l’intrigue du roman est propice à un écheveau dont il est malaisé de dénouer la trame, entre coteries « locales » jusque dans les plus autres sphères du pouvoir et officines secrètes étrangères ;
– qui sait quels présents chacune des délégations négociant ce traité choisirait d’offrir à l’autre ? Délaisseront-elles les classiques bijoux, pour échanger, plutôt, connaissances secrètes et autres objets enchantés ? Le « sceau royal » dont il est question dans le roman n’est pas un simple « tampon », mais un objet volumineux, très orné ; à défaut, pour le Maistre, de trouver une représentation fidèle de ce sceau cochinchinois, l’inspiration – surtout au sens prodigieux de ce terme dans le jeu – se trouvera dans les sceaux impériaux chinois, comme ceux de la dynastie Ming, dans un animal mythique peut-être près à s’animer (on est dans l’univers de Terra Incognita, ou pas ?) ;

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– et, puisqu’il s’agit d’un traité signé à Paris et qui doit repartir pour des contrées lointaines, cette intrigue nouée à Paris pourrait continuer à se dénouer et renouer dans une aventure au long cours, jusqu’aux antipodes. Les curieux de la suite de cette épopée cochinchinoise se dirigeront vers le livre Les portes d’Annam (2011) de François-Xavier Landrin.

Landrin-LesportesdAnnam

L’aspect « société secrète chinoise » est, à mon avis, trop peu développé dans le roman pour être vraiment convaincant. Néanmoins, dans une adaptation au JdR, et notamment à Terra Incognita, c’est un trait qui pourrait être renforcé, pour apporter une touche d’exotisme (et d’action !).

Quant aux liens quelque peu vaudevillesques entre un des acteurs de cette pièce et quelques femmes, ils servent, dans le roman, à élargir les listes des suspects et à ajouter des ingrédients « domestiques » à une intrigue « géopolitique » et, par personnages interposés, à mettre en lumière la corruption régnant à tous les étages de l’administration royale. La faire passer à la trappe pour concentrer le scénario pour Terra Incognita sur les aspects policiers / diplomatiques de l’affaire n’affaiblirait pas l’ensemble de l’édifice.

* * * * *

Pour la petite histoire

Le traité sera effectivement signé à Versailles en novembre 1787. Comportant un corps de 10 articles et un article séparé, spécifique aux établissements français en ces contrées cochinchinoises, il ouvre sur ces mots :
Nguyen-Anh, Roy de la Cochinchine, ayant été dépouillé de ses États, et se trouvant dans la nécessité d’employer la force des armes pour les recouvrer, a envoyé en France le Sieur Pierre-Joseph-Georges Pigneau de Behaine, évêque d’Adran ,dans la vile de réclamer le secours et l’assistance de S. M. le Roi T. C. ; et Sadite Majesté étant convaincue de la justice de la cause de ce Prince, et voulant lui donner une marque signalée de son amitié comme de son amour pour la justice, s’est déterminée à accueillir favorablement la demande faite en Son nom.

Le traité sera signé des deux plénipotentiaires : le comte de Montmorin, conseiller du Louis XIV, ministre et secrétaire d’État, et l’évêque Pigneau de Behaine.

Signatures_of_the_1787_Treaty_of_Versailles

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