Cibus incognitus

juin 26th, 2017  |  Published in A la une !, Inspis : curiosités

Note : cet article vous est (encore !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Il fait suite au précédent pour former une veine d’inspiration gastronomique pour épicer vos parties.

La gastronomie « exotique » n’est pas inconnue au pays des personnages de Terra Incognita, au moins à la table des Grands et des bourgeois soucieux de faire étalage de leur originalité. Les fêtes galantes ne sont pas rares où l’on sert des « turqueries » ou des « chinoiseries » qui sont davantage des prétextes à la fantaisie du maître-queux ou de son commanditaire que de plats réellement préparés dans la tradition de la Sublime Porte ou de l’Empire du Milieu.

Toutefois, en s’éloignant de leurs terres natales, vers d’autres latitudes ou d’autres longitudes, ils seront confrontés à des nourritures vraiment différentes de celles auxquelles ils ont déjà goûté. Sans même parler de ce l’on mange – ou pas – dans les Pays d’Ailleurs, passer à table dans de lointains Pays d’Ici révèle des surprises, soulève des inquiétudes, offre des ravissements, ou soulève des haut-le-cœur.

Les livres actuelles de gastronomie de divers horizons seraient d’évidentes inspirations pour le Maistre. Mais, pour étonner plus avant les joueurs et, à travers eux, leurs personnages, il faut explorer d’autres pistes. Il conviendra d’éviter celles qu’ils ont probablement déjà empruntés, comme le repas dans le palais des Thugs, dans Indiana Jones and the Temple of Doom / Indiana Jones et le Temple maudit (1984), de Steven Spielberg : pythons farcis d’alevins d’anguille vivants, blattes géants, soupe aux yeux (de qui ? de quoi ? mystère !), sorbet de cervelle de singe servi dans son crâne, la scène a fait le tour du monde.

Replions-nous donc sur un ouvrage à la renommée moins grande, mais que les fans de Corto Maltese – grand explorateur de Pays d’Ici et d’Ailleurs, mais largement après les temps de Terra Incognita – auront certainement vu passer et, peut-être même feuilleté, voire acquis : le Carnet de la cambuse, de Michel Pierre (éditions Casterman, 2007, ISBN 978-2203005785). L’auteur avait bien connu Hugo Pratt et avait eu, avec lui, le projet de publier un livre de recettes qui reflèterait le cosmopolitisme de l’univers de Corto Maltese.

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Invoquer les mânes de Corto Maltese est, ici, anachronique, puisqu’il a tracé son sillage sur les terres et mers du monde de la fin du XIXe siècle jusque dans les années 1930. Le terme de « cambuse » est, lui aussi, anachronique, puisque c’est surtout à partir du milieu du XIXe siècle qu’il prend son essor dans le langage commun, venant de la langue des gens de mer ; Pour la petite histoire, le terme de « cambuse » est anecdotique dans l’univers de Terra incognita, puisque c’est surtout à partir du milieu du XIXe siècle qu’il prend son essor dans le langage commun, venant de la langue des gens de mer ; il apparaît toutefois dans un ouvrage du XVIIIe siècle, dû à la plume de Jacques Bourdé de Villehuet, officier de la Compagnie des Indes orientales, Manuel des marins ou Explication des termes de marine (tome I, page 92).

Manuel_des_marins_page92Même si la forme de ce Carnet de la cambuse ne vous séduit (ce en quoi votre avis serait à l’opposé du mien, tout séduit que je suis par ce cahier à spirales, cette typographie imitant l’écriture manuscrite, ces dessins et aquarelles d’Hugo Pratt), feuilletez-le, et laissez-le vous inspirez des voyages, des parfums, des saveurs. L’araignée de mer à la vénitienne aura peut-être déjà eu les faveurs des personnages à la table de l’une de leurs connaissances se piquant d’avoir un cuisinier originaire de la Sérénissime. Le ceviche leur évoquera les récits sur les mines d’or du Pérou ; le porc au saté, les horizons de la lointaine Java vers laquelle cinglent les navires de la Compagnie des Indes. Et qui sait si un jour, ils ne participeront pas à une ambassade vers le mystérieux Annam, où ils découvriraient la manière de préparer le tiatrounga.

Leur surprise sera peut-être plus grande quand ils goûteront à des pieds de dromadaire en vinaigrette sous la tente d’un chef bédouin.

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Et, dans les cas où les personnages hésiteront à avaler des plats inconnus préparés par leurs hôtes, les esprits les plus éclairés n’hésiteront pas à citer l’adage qui, en langue de Cicéron, les invitera à écouter les cris de leur ventre affamé plutôt que les doutes de leur tête : « Cibi condimentum est fames » (« La faim est l’épice de tout plat »).

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Même si le Maistre et les joueurs ne sont pas eux-mêmes maîtres-queux, prêts à cuisiner quelques-uns de ces plats pour « coller » au mieux à l’ambiance de leur aventure, ils sauront, au moins, voyager en gourmets par la pensée.

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