Derrière les barreaux

juin 30th, 2017  |  Published in A la une !, Inspis : fictions

Note : cet article vous est (encore !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Cette fois-ci, notre vaillant mousquetaire délaisse la cuisine pour se rendre directement à la case prison. Et je vpous l’assure : il n’a même pas touché ses 20000 francs en passant ;-)

Au XVIIIe siècle, les voleurs, assassins, faux-sauniers et autres séditieux ne sont pas les uniques « pensionnaires » des prisons. Y sont aussi enfermés des débiteurs dénoncés par leurs créanciers ; les conditions de leur détention y sont le plus souvent fonction de leur statut social et de leurs capacités à payer leur hébergement, leur nourriture, et les pots-de-vin à ceux qui, du gouverneur de la prison au dernier des porte-clés, leur soutirera toujours un peu plus de ce dont ils disposent. Il se murmure que Daniel Defoe – probablement pas un inconnu pour les amateurs de Terra Incognita – aurait connu un tel enfermement pour dettes, en plus des peines de prisons que lui ont valu certains de ses pamphlets.

J’ignore si Marshalsea était plus terrible que les autres geôles pour débiteurs de Londres et des environs, comme celles de Clink, Coldbath Fields, Fleet, Giltspur Street, King’s Bench, Poultry, ou encore Wood Street. C’est, en tout cas, celle qu’Antonia Hodgson a choisi comme décor et personnage de son premier roman, The Devil in the Marshalsea / Le sourire du diable (2014 ; traduction française en 2015, XO Éditions, collection 10/18 Grands Détectives, ISBN 978-2-264-06790-6).

images

Le personnage central du roman, Tom Hawkins, s’y retrouve enfermé pour dettes, et, l’un de ses amis, qui se trouve travailler pour messire Philip, « grand maréchal » de Marshalsea, lui promet de l’aider à s’en sortir s’il accepte de découvrir pourquoi et comment l’un des prisonniers, le capitaine Roberts, y est mort.

Marshalsea est le décor de cette aventure : derrière ses murs, on découvre des endroits aussi différents que les quartiers où l’on enferme, dans un confort tout relatif, ceux qui ont de quoi payer, et les quartiers où s’entassent, souffrent et meurent ceux qui sont sans le sou, mais aussi les appartements du gouverneur de la prison, la salle de justice, et même une sorte de taverne où l’on mange, boit, et joue.

Marshalsea_prison,_London,_18th_century_(3)

Toutefois, plus qu’un décor, cette prison est un univers vivant, mouvant. Le gouverneur la gère, pour le compte de messire Philip, d’une main de fer, aidé en cela par ses hommes (officiers de justice, porte-clés, prévôts, veilleurs), dont la plupart vivent du racket qu’ils exercent sur les prisonniers. Les prisonniers du Common Side souffrent dans le dénuement et la maladie, alors que ceux de Master’s Side peuvent profiter de quelques arrangements et services. On compte même des « résidents volontaires », parfois anciens prisonniers, qui tiennent commerce dans l’enceinte de Marshalsea, faisant tourner salon de café et auberge. Sans oublier un barbier, et un chapelain qui veille, tant bien que mal, au salut de toutes ces âmes.

Ce roman n’est pas un Prison Break dix-huitiémiste. Si Tom Hawkins tient, évidemment, à sortir vite et vivant de Marshalsea, il n’est pas question pour lui de s’en évader : il veut en sortir en ayant épongé ses dettes, ce qui passe par la découverte des raisons de la mort du capitaine Roberts. Mais, dans cet univers corrompu et contrasté qu’est Marshalsea, où d’aucuns passent le temps en buvant du punch ou en pratiquant des jeux de raquette et de balle, pendant que les autres s’entassent dans des dortoirs sordides où ils sont les proies des rats et de la vérole, il ne fait pas bon s’intéresser à la mort d’un homme parmi tant d’autres qui meurent.

Sick_men's_ward_in_the_Marshalsea_prison_(2)

La lecture de ce roman m’a été plutôt plaisante en elle-même, ce qui n’est pas un mince compliment car dans le flot des « polars historiques », rares sont ceux qui arrivent à retenir mon intérêt. Certes, je peux lui reprocher des personnages manquant parfois de profondeur, qui ne font qu’apparaître et disparaître au gré des besoins de l’auteur de donner des indices et des fausses pistes à « l’enquêteur » au lecteur, ainsi que quelques rebondissements tirés par les cheveux. Mais au moins ne m’est-il pas tombé après quelques dizaines de pages d’ennui, comme cela m’arrive souvent à des romans de ce genre.

Et, cerise sur le gâteau, j’y vois une inspiration pour Terra Incognita. L’intrigue en elle-même (les raisons de la mort du capitaine Roberts) peut être recyclée… ou pas. Le déroulement, en revanche, même s’il n’a rien de terriblement original (être enfermé, et devoir élucider un mystère pour en sortir), est une de ces recettes à partir de laquelle concocter un plat rôlistique de fort bon aloi. Ce qui me paraît une matière tout aussi « recyclable », c’est la prison, ses lieux évidents et ses lieux secrets, ses « habitants » et ses « visiteurs », ses caïds et ses moutons, le réseau complexe d’alliances et de trahisons, d’espoirs et de désespoirs.

S’il vous reste quelques pence en poche, n’hésitez pas à acquérir et lire ce Sourire du diable.

* * * * *

Pour les curieux, une interview de l’auteur, sur le site des éditions XO : http://www.xoeditions.com/livres/le-sourire-du-diable/

3067562-468363

Share

Leave a Response

Menu

Recherche


Dans les nuages...

Un autre univers de créations

Quoi ? Tu es une fille ??

Bon, tu as sûrement dû t'égarer sur ce blog ^^

Je te conseille putôt de te rendre sur ce site de création de bijoux fait main.

http://atelier-creation-bijoux.fr/fr/

On reste en tout cas entre gens de bon goût.

capture-site-petit-copie-1.jpg