Dis-moi ce que tu manges…

juin 15th, 2017  |  Published in A la une !, Inspis : docs

Note : cet article vous est (encore !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/

Peut-être par goût personnel de pouvoir prendre le temps, de ne pas céder au tourbillon qui nous pousse au toujours-plus-vite, je peux apprécier qu’une partie de jeu de rôle se laisser aller à des instants de flânerie partagés autour de la table. Une sorte de pause dans la frénésie de l’aventure, un moment suspendu pour profiter d’aspects anecdotiques de prime abord, et qui pourtant approfondissent le ressenti de l’univers du jeu.

A l’époque de Terra Incognita, les arts de la table en Europe, et tout particulièrement en France, brillent de mille feux raffinés dans les grandes demeures. Même les bourgeois s’y mettent, en imitation des grands. Des ouvrages comme celui de François Massialiot, Le cuisinier roïal et bourgeois : qui apprend a ordonner toute sorte de repas en gras & en maigre,… : ouvrage tres-utile dans les familles,… à tous maîstres d’hôtels, & ecuïers de cuisine, publié pour la première fois en 1705, ou des tableaux comme Le déjeuner d’huitres peint par Jean-François de Troy en 1735 (et donc quelque peu postérieur aux temps de Terra Incognita) peuvent poser quelques pierres d’inspiration pour les Maistres et joueurs qui voudraient s’offrir, dans le courant d’une partie, un temps de flânerie.

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C’est l’occasion de faire voyager Maistre et joueurs vers une avalanche de saveurs et senteurs à en donner le tournis tout en les faisant rêver. Par exemple, pour un repas aux mois de février ou de mars, Le cuisinier royal et bourgeois propose, en premier service (c’est-à-dire en entrées), un pâté chaud de lapereaux & perdrix, dans lequel on mettra en servant quelque bon coulis de perdrix ou autre ragoût ; un poupeton farci de vingt ou trente pigeonneaux, suivant le nombre des personnes, avec toutes sortes de garnitures ; un plat de brusolles à la braise, un Coulis par-dessus ; un de ris-de-veau farcis à la braise, un ragoût par-dessus ; une marinade de poulets frits ; une poularde à l’angloise rôtie, ragoût par-dessus en servant ; un plat de filets en tranche au jambon ; un de croquets ; un de filets de poularde au concombre ; un de fricandeaux farcis en ragoût. Puis, viendront, en second service, les entremets avec pas moins de douze plats, allant d’une tourte à la crème à des rognons de chapons, en passant par des ris-de-veau (encore !) marinés frits.

Ceux qui auraient appétit à plus de variété encore se rabattront sur le « grand repas du mois de mai », dans le même ouvrage… Ouvrage fort utile, puisqu’il livre, en outre, les manières de préparer tous ces plats.

LeCuisinierRoialEtBourgeois-1

Cependant, la querelle entre « tradition » et « modernité » faisait rage en ces temps terra-incognitesques ; si nous la connaissons surtout pour la littérature (surtout dans les années 1670) et la musique (dans les années 1730, partisans de Lully et partisans de Rameau se sauteront allègrement à la gorge), elle n’en était pas moins acharnée entre tenants de la « cuisine traditionnelle » et de la « cuisine moderne », et pas uniquement du fait de l’utilisation de denrées « exotiques ».

En cette époque où l’on se pique de sciences, de théories nouvelles, les promoteurs de cette cuisine moderne prônent le retour à plus de simplicité. Une sorte de retour à la nature jusque dans la cuisine. Foin des saveurs trop marquées, des mains trop lourdes avec les épices. Accueillons la finesse des essences et des fumets, les roux et les quintessences. Paradoxalement, ce rejet de la gastronomie trop chargée des temps précédents conduit à proposer des plats de plus en plus travaillés, de plus en plus sophistiqués, aux ingrédients de plus en plus onéreux.

Expo-EssorBoissonsExotiques

Qui sait si, à l’occasion d’un souper chez quelque grand personnage de leur coterie qui les a invités pour discuter d’une affaire de la plus haute importance avec d’autres gentilshommes de sa pratique, les personnages des joueurs ne se retrouveront pas embringués, au détour d’un plat d’oreille de veau, dans une querelle entre partisans de la nouvelle cuisine et défenseurs de la tradition ?

Méfiance ! Les querelles sur les motifs les plus futiles sont susceptibles des plus grands effets : leur préférence pour une assiette de crêtes rôties et leur dédain d’un cromesquis de colvert à la Villeroy pourrait leur valoir le soutien sans faille de Monsieur de Pontferrat et l’indéfectible inimitié de Monsieur de Guillon.

* * * * *

Pour aller plus loin :

Le cuisinier roïal et bourgeois est téléchargeable sur le site de Gallica, dans son édition de 1725. D’autres ouvrages du même tonneau y sont aussi accessibles, pour les curieux et les gourmands qui sauront les y chercher.

Les amateurs de polars dix-huitiémistes où la gastronomie joue un rôle central regarderont, par exemple, du côté des Soupers assassins du Régent, de Michèle Barrière (2010, réédition au Livre de Poche, édition d’origine par Agnès Viénot Editions; 2010, ISBN : 9782253128755.

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Un autre univers de créations

Quoi ? Tu es une fille ??

Bon, tu as sûrement dû t'égarer sur ce blog ^^

Je te conseille putôt de te rendre sur ce site de création de bijoux fait main.

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On reste en tout cas entre gens de bon goût.

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