En bonne compagnie

octobre 6th, 2017  |  Published in A la une !, Inspis : docs

Note : cet article vous est (toujours !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Cette fois-ci, notre opiniâtre mousquetaire vous entretient d’un sujet qui pourrait donner ressources et missions à de nombreux Voyageurs : les Compagnies. Premier volet ci-dessous et, bientôt, la suite.

La gamme de Terra Incognita offre aux joueurs de s’embarquer dans des aventures impliquant la Compagnie des Indes Célestes. Nul besoin d’avoir usé ses fonds de culotte sur les bancs de la Sorbonne pour y déceler l’extension, aux espaces à explorer au-dessus de nos têtes, de l’idée des grandes compagnies marchandes à monopole.

Dès le début du XVIIe siècle, les puissances protestantes – Provinces-Unies et Angleterre en tête – ont compris leur intérêt à confier un monopole à des compagnies marchandes pour exploiter au mieux les richesses des terres nouvelles découvertes tant aux Indes occidentales qu’aux Indes orientales. En peu de temps, les pavillons de la Vereenigde Oostindische Compagnie (VOC) et de l’East India Company (EIC) flottent sur les mers lointaines et sur les terres conquises. Ce n’est que plus d’un demi-siècle plus tard que la France organise des « compagnies » d’ambition similaire : les précédents essais, comme la Compagnie française des mers orientales, celles de la Nouvelle-France, de Montmorency ou encore de Rouen, ne reposaient, le plus souvent, que sur des marchands de quelques villes, et se sont révélés incapables de rivaliser avec la VOC ou l’EIC.

declarationroi1664-compagniedesindes

Les choses changent avec Jean-Baptiste Colbert : poussant plus loin l’impulsion donnée par Richelieu, il lance en 1664 deux « grandes » compagnies à monopole d’État, l’une pour les Indes occidentales, l’autre pour les Indes orientales. La première ne vivra qu’une dizaine d’années ; la seconde aura une vie longue et mouvementée, entre succès et échecs, extinctions et reprises.

La différence des manières dont sont constituées les compagnies anglaise et néerlandaise d’une part, et la française d’autre part, est le reflet des pensées économiques qui prévalent en ces temps-là (et de nos jours encore, en partie) : alors les compagnies anglaise et néerlandaises sont principalement fondées sur des capitaux privés, les actions de la compagnie française, à son lancement, sont aux mains du roi et de sa famille pour près de la moitié, et de ministres et nobles pour environ le cinquième. Compagnies de marchands, d’un côté ; compagnie d’État, de l’autre. Le libéralisme face au mercantilisme national.

À défaut d’ouvrages académiques sur la Compagnie des Indes Célestes, Maistres et joueurs se pencheront sur les ressources sur ces compagnies marchandes « terrestres », ressources nombreuses sur le net et dans les livres. C’est une manière d’appréhender ces Compagnies non seulement sous l’angle de l’exotisme, par les voyages au long cours qu’elles entreprennent et les denrées étonnantes qu’elles rapportent de terres et mers plus ou moins connus, mais aussi sous un angle plus complexe et plus sombre.

Plus complexe, car ce sont des entreprises aux branches variées, de la finance à la construction navale, en passant par l’entreposage et le transport de marchandises, rendant leur propre justice dans les territoires sur lesquels elles ont le monopole, employant comptables et marins, architectes et interprètes, savants et canonniers, et oscillant entre illusions et désillusions.

Plus sombre, aussi, parce qu’elles peuvent devenir un État dans l’État, veillant à leurs propres intérêts, les privilégiant parfois aux intérêts de leur pays, jouant leurs propres cartes diplomatiques en Europe et dans les terres lointaines, n’hésitant pas à écraser les « petits » obstacles en travers de leur route.

Un prochain billet présentera quelques pistes pour tisser des intrigues faisant la part belle à de telles Compagnies, en mettant en particulier en valeur deux romans de David Liss, A Conspiracy of Paper (2000, traduit en français sous le titre Une conspiration de papier) et The Devil’s Company (2009, non traduit en français), et en donnant un clin d’œil au Bossu de Paul Féval.

Dans le foisonnement des sources sur ces Compagnies, voici un choix réduit, très subjectif, et francophone :

- l’ouvrage de Philippe Haudrère (grand spécialiste du sujet) et Gérard Le Bouëdec, Les compagnies des Indes (éditions Ouest-France, plusieurs éditions, EAN 978-2737366154), est une excellente introduction, abondamment illustrée ;

haudrer-lebouedec-compagniesdesindes

- c’est aussi le cas de l’ouvrage collectif, sous la direction de René Estienne, Les Compagnies des Indes (coédition Gallimard / Ministère de la Défense – DMPA, 2013, EAN 978-2070141357) ;

estienne-compagniesdesindes

- les amateurs de plongée profonde dans les détails, eux, oseront mettre le cap sur les deux tomes de La Compagnie française des Indes au XVIIIe siècle (éditions Les Indes savantes, 2005, ISBN 978-2846540483) tirés de la thèse de Ph. Haudrère. Haudrère entraîne son lecteur dans les entrailles de la Compagnie, son organisation, son fonctionnement, le recrutement de son personnel navigant et commercial, etc. ;

haudrere-compagniefrancaisedesindes

- le site Mémoires des hommes, dans sa rubrique sur les Compagnies des Indes (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=1&titre=compagnies-des-indes), met à la disposition des chercheurs (et des curieux) un fonds documentaire passionnant sur l’histoire de ces Compagnies, le port de Lorient, l’armement des navires, les équipages et passagers, les cartes marines ;

- une porte d’entrée spéciale sur la Compagnie des Indes orientales sur le site Gallica de la BNF (http://lettre-gallica.bnf.fr/la-compagnie-francaise-des-indes-orientales), pour amateurs de documents anciens ;

recueil-actes-compagniedesindes

- Michel Morineau brosse un panorama essentiellement historique, dans Les Grandes Compagnies des Indes Orientales (XVIe-XIXe siècles), (éditions PUF, coll. Que sais-je ?, n°2832, plusieurs rééditions). Comme tous les ouvrages de cette collection, « petit format » ne signifie pas « livre qui s’avale en trois bouchées » ; il faut néanmoins souligner le talent de M. Morineau d’avoir réussi à présenter de manière claire et abordable les destins, parfois croisés, de ces compagnies, et plus particulièrement des deux aînées (néerlandaise et anglaise) et de la cadette (française).

nicolas-aubonheurdesindesorientales

Et, bien sûr, pour ceux qui croiseront dans les parages de Lorient, une visite s’impose au musée de la Compagnie des Indes (http://musee.lorient.fr/), dans la citadelle de Port-Louis.

Share

Leave a Response

Menu

Recherche


Dans les nuages...

Un autre univers de créations

Quoi ? Tu es une fille ??

Bon, tu as sûrement dû t'égarer sur ce blog ^^

Je te conseille putôt de te rendre sur ce site de création de bijoux fait main.

http://atelier-creation-bijoux.fr/fr/

On reste en tout cas entre gens de bon goût.

capture-site-petit-copie-1.jpg