Faites vos jeux !

septembre 28th, 2016  |  Published in A la une !, Inspis : docs

Note : cet article vous est à nouveau proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Et en plus, ça a l’air de prendre !

Biribi, lansquenet, pharaon, hombre, quadrille, minquiat, cavagnole, whist, trictrac, et des dizaines d’autres. La ronde des noms des jeux de table auxquels s’adonner donne le tournis. Et les pratiquer peut même faire perdre la tête. A la Cour comme à la ville, à Paris comme dans les provinces du royaume, le jeu engloutit les biens des joueurs, à la mesure de leur fortune, maigre ou éblouissante : un artisan y perd son salaire journalier d’une livre, quand une duchesse flambe cent mille livres dans la nuit. Et les filous ne manquent pas, prenant les dupes dans les filets de leurs tricheries.

La fièvre du jeu n’épargne aucune strate de la société : nobles, marchands, paysans, soldats ; même certaines femmes en sont frappées, ou encore des gens d’Eglise, en contravention avec le droit canon. Qui sait ce qui les pousse à s’enflammer ainsi ? L’ambition ou la vanité d’un courtisan ? L’oisiveté ou l’ennui d’un riche ou d’un puissant ? Le besoin de délassement ou d’oubli d’un journalier ?

Et l’on joue donc à peu près partout : à la Cour au « grand jeu public » lors des appartements du roi, ou dans les petits jeux particuliers ; mais aussi à la Ville, au domicile des nobles ou des bourgeois, dans les cabarets, aux étals des foires, et même dans la rue, sur les quais.

Les lois édictées par le pouvoir royal interdisent les jeux de hasard, mais tolèrent les « jeux de commerce », c’est-à-dire ceux qui allient l’intelligence du joueur et le hasard. Cette tolérance est très encadrée, et ne vaut pas autorisation : ainsi, le gagnant n’a donc pas de moyen légal d’obliger le perdant à payer son dû.

Cette distinction entre jeux interdits et tolérés entraîne, bien évidemment, une distinction entre maisons de jeu tolérées et maisons de jeu clandestines. Ces dernières, souvent, ne se contentent pas de proposer des facilités pour jouer, et offrent aussi des prestations pour des plaisirs de la chair et de la chère, soupers fins et parties fines. Dans les maisons de jeu, les tenanciers se font payer pour fournir un endroit pour jouer – et se divertir d’autres manières, éventuellement –, mais ils ne sont pas toujours suffisamment fortunés pour financer les enjeux ; c’est alors qu’interviennent les « banquiers », qui prennent à la fois un risque et une commission sur les mises.

Dans les maisons de jeux se retrouvent, outre les joueurs et les « banquiers » assis aux tables de jeux, des parieurs qui parient sur les succès ou échecs des joueurs, ainsi que de simples spectateurs qui viennent profiter de ce spectacle plus ou moins légal.

Sans oublier les filous, que l’on surnomme les « Grecs », formant un monde hétérogène de tricheurs professionnels qui opèrent seul ou en association avec un appât, et déployant des trésors d’ingéniosité pour rouler les pigeons puis pour échapper aux dupes qui se découvrent dupés et à la police.

La police, elle, à fort à faire pour contrôler cette folie des jeux, du fait du caractère socialement et géographiquement très diffus du phénomène. Sa relative impuissance s’explique aussi par sa complaisance à l’égard du monde du jeu, voire sa corruption, et par le manque de dissuasion des châtiments, comme les amendes, l’emprisonnement, ou même l’exil frappant les tenanciers et banquiers de maisons de jeu clandestines ainsi que les « Grecs ».

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Dans le domaine du jeu, la réussite reste une exception. Il est plus fréquent que le jeu entraîne son cortège de malheurs : l’accusation de tricherie entre gentilshommes vaut un cartel pour un duel ; la perspective d’argent facile nourrit un flot de crimes crapuleux ; les pertes folles conduisent impitoyablement à la ruine personnelle, voire à l’effondrement de la famille.

C’est tout cet univers que nous fait vivre Olivier Grussi, dans La vie quotidienne des joueurs sous l’Ancien régime à Paris et à la Cour (Hachette, 1985, ISBN 2-01-011285-7), qui met à la portée de tout un chacun les résultats des recherches menées pour sa thèse de doctorat. Ce livre n’est plus édité puis de longues années, mais ce n’est pas insurmontable de le trouver en occasion, à un prix modique.

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Comme les autres ouvrages de cette collection « La vie quotidienne », cet opus rend vivante la matière dont il traite, la nourrissant d’exemples concrets. Un Maistre de Terra Incognita saura mettre à profit tant les éléments généraux que les anecdotes qui les illustrent, pour en tirer des points centraux ou périphériques d’aventures.

Quelques exemples d’idées :

- un PNJ criblé de dettes de jeu présente, en cela, une faiblesse. Les PJ en tireront-ils parti pour faire de ce PNJ un allié contraint et forcé ? Ou devront-ils, au contraire, délivrer un PNJ – ami ou allié – d’un chantage à la dette ?

- une maison de jeu, tolérée ou clandestine, est un lieu où bruissent des rumeurs, où s’échangent des informations, où s’organisent des rendez-vous discrets. Sera-t-elle un endroit que les PJ surveillent ? Ou bien un territoire mystérieux dans lequel ils devront s’infiltrer ? A moins qu’ils n’en soient eux-mêmes les tenanciers, à des fins pécuniaires ou « diplomatiques » ?

- un PNJ auquel les PJ ont affaire se trouve être un de ces « Grecs » qui plument les naïfs. Emploie-t-il une technique si particulière qu’elle confine au surnaturel ? Ou bien a-t-il dérobé, avec l’aide d’un(e) complice, d’importants documents à l’un des PJ ou à leur commanditaire ?

- faussement accusé d’avoir triché lors d’un « petit jeu particulier » à la Cour, un PNJ de l’entourage des PJ se retrouve défié en duel par un gentilhomme à la réputation bien établie de fine lame. Il leur faudra donc, d’une part, empêcher leur proche de se faire percer dans le pré au petit matin, et d’autre part, découvrir le vrai tricheur. Mais, s’il s’avère que celui-ci gravite dans les plus hautes sphères de l’Etat, oseront-ils dévoiler la vérité ?

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Maistres et joueurs de Terra Incognita curieux des règles de ces jeux pourront en trouver des présentations sur des sites en ligne (ex : l’Académie des jeux oubliés http://academiedesjeux.jeuxsoc.fr/) ou dans divers ouvrages hébergés dans des bibliothèques numériques autorisées, comme Gallica (ex : L’Encyclopédie des jeux de cartes : jeux de combinaisons, de ruse, de hasard, patiences, etc., de Jean Boussac, 1896).

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Quoi ? Tu es une fille ??

Bon, tu as sûrement dû t'égarer sur ce blog ^^

Je te conseille putôt de te rendre sur ce site de création de bijoux fait main.

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On reste en tout cas entre gens de bon goût.

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