L’acier à la main… en images animées

juillet 7th, 2017  |  Published in A la une !, Inspis : docs

Note : cet article vous est (toujours !) proposé par François-Xavier Cuende, grand sympathisant à la cause qui vous avait jadis était présenté en détails ici même : http://www.paysdenullepart.fr/le-role-dequipage-2-francois-xavier-cuende/ Cette fois-ci, notre vaillant mousquetaire s’attaque à son sport préféré. Et je vous le certifie : à la fin de l’envoi, il touche !

Dans un précédent libelle, « Donner et ne point recevoir » (http://www.paysdenullepart.fr/donner-et-ne-point-recevoir/), j’avais lancé un clin d’œil à l’art de l’escrime aux temps terraincongnitesques.

Il n’est pas évident de donner à un profane les clés de l’escrime « à l’épée seule » (par opposition à l’escrime à la rapière et à la dague), telle qu’elle prévalait en ces temps-là. Mais, les mots que Molière avait mis dans la bouche du maître d’armes de monsieur Jourdain en résumaient assez la philosophie : « Tout le secret des armes ne consiste qu’en deux choses, à donner, et à ne point recevoir ». Ceci traduit qu’au fil du temps, la pratique de l’épée « civile » a cheminé dans la direction de l’allègement substantiel de l’arme utilisée, en passant par exemple de la rapière à l’épée de cour (le smallsword des anglophones).

SwordFamily

Cet allègement a grandement favorisé la vitesse à laquelle l’arme peut être maniée et qui a amené à délaisser les mouvements amples et circulaires, nécessaires à un impact maximal des coups avec le tranchant de l’arme (coups « de taille »), pour des mouvements plus réduits et rectilignes, adaptés aux attaques avec la pointe (coups « d’estoc »). Consubstantiellement, cela a amené les manœuvres de défense, en particulier celles menées avec l’arme (parades, etc.), à être plus efficaces. D’une certaine manière, la défense pouvait prendre le pas sur l’attaque.

La poignée de l’épée de cour est très simple ; la lame droite, sans aucun tranchant, et c’est sa pointe qui en constitue l’élément « dangereux » pour l’adversaire. Au point qu’on voit, dans les traités, des modes de défense consistant à saisir la lame de l’adversaire avec la main non armée : au pire, l’escrimeur peut se faire percer la main s’il rate ta défense, mais il ne peut pas s’entailler la paume ou les doigts sur la lame. Il n’y a donc pas, comme un siècle et demi plus tôt (où l’on s’affrontait avec des armes qui pouvaient être employées de taille comme d’estoc) ou comme dans le combat au sabre, d’intérêt à chercher à donner des coups de taille, si ce n’est comme argument percutant.

Dans une telle escrime, les mouvements d’attaque se font en ligne (et non en arc de cercle comme pour frapper de taille), pour envoyer sa pointe droit vers le corps de l’adversaire. Le bras armé agit donc comme un piston, se détendant en ligne, vers l’avant, pour porter l’attaque. La parade vise à écarter la lame qui vient vers soi, sans qu’il soit besoin de grands mouvements vers les côtés, puisqu’il suffit de dévier le mouvement de l’épée adversaire d’un angle relativement faible pour que la pointe rate son but ; mais il est compréhensible que quelqu’un dont le maniement de l’épée n’est pas un talent très développé ait tendance à faire de grands gestes pour écarter les attaques.

Girard-Traité des armes-1740-pl12

Voici un exemple de pratique actuelle de l’épée de cour (en mode « affrontement », et non en « escrime artistique »), grâce au maître Olivier Delannoy :

https://www.youtube.com/watch?v=dUV5UbY6nBI

Des vidéos plus récentes, dans le cadre de formations aux arts martiaux historiques européens (AMHE, HEMA pour les anglophones) :

https://www.youtube.com/watch?v=KHxhs7HhoEo

https://www.youtube.com/watch?v=ntsJ3xpd3yY

La vitesse d’exécution peut être très grande :

https://www.youtube.com/watch?v=ZMAgDiEPkD4

Dans l’exemple ci-dessus, il faut garder présenter à l’esprit qu’aucun des deux escrimeurs ne rechigne à s’exposer au risque d’être touché par son adversaire, puisque l’esprit du combat est courtois et que chacun est bien protégé. Ce serait différent « sur le pré », pour régler « une affaire d’honneur ».

Attention, certains exemples d’assauts (donc spontanés, non chorégraphiés) sont dangereux, du fait de l’absence de protection du visage :

http://www.youtube.com/watch?v=TpIM-oQn-04&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=KDR_58OSpow&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=75M-e9NqTdA&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=t9NDjcYEp94&feature=related

L’escrime « occidentale », dont l’école française sera le phare resplendissant, après que l’école italienne puis l’école espagnole avait éclairé les temps plus anciens, se distingue donc sensiblement de celle pratiquée avec des armes plus lourdes et ayant conservé la taille comme manœuvre première. Ainsi du sabre des cavaliers houzards, du cimeterre des mahométans de la Sublime Porte, ou de l’épée large des farouches scots en leurs landes brumeuses.

Au moment de jouer un combat d’escrime dans une aventure de Terra Incognita, deux questions au moins devront se poser :

- la première, commune à tous les jeux, est de déterminer si l’angle pour traiter le combat sera « réaliste » dans les manœuvres, ou « spectaculaire ». Par « spectaculaire », j’entends le traitement qui fait la part belle aux manœuvres à grand spectacle (moulinets, voltes, bonds, etc.), même si celles-ci exposent, en fait, celui qui les exécute au danger mortel d’une manœuvre adverse sans fioritures. Par « réaliste », j’entends le traitement qui évite le spectaculaire pour favoriser la prudence et l’efficacité crue. Aucun jugement de valeur de ma part, dans cette dichotomie : l’essentiel est qu’autour de la table, le consensus se fasse sur l’un ou l’autre traitement, pour que chacun sache bien dans quelle ambiance on joue ;

- l’autre est celle d’arriver à traiter de manière éventuellement différente, deux styles d’escrime qui ont des natures, et donc des mises en œuvre concrètes assez dissemblables.

Voici quelques exemples de vidéos piochés sur l’Internet pour illustrer mes propos.

Des exemples d’« escrime artistique » à l’épée de cour, où beaucoup de mouvements utilisés ne sont là que pour de la chorégraphie, et seraient dangereux (mouvements tournoyants au-dessus de la tête exposant beaucoup de « cible ») ou inefficaces (coups portés de taille et non d’estoc) :

http://www.youtube.com/watch?v=E1Y7blmZbJo<

Pour autant, le traitement « spectaculaire » à l’épée de cour peut être porté par une grande énergie :

http://www.youtube.com/watch?v=nBFlpcrbOv0

http://www.youtube.com/watch?v=xFIOnZMd3gc

Un traitement cinématographique, avec de l’escrime artistique qui essaie de tendre vers un certain réalisme, avec le premier duel dans Les duellistes, de Ridley Scott : un militaire, très probablement rompu au combat à l’épée, utilisant surtout des attaques de pointe, et un bourgeois se défendant comme il peut, avec force mouvements latéraux et circulaires. L’entaille dans la main du bourgeois est peu crédible du fait qu’une telle lame n’a quasiment pas de tranchant.

https://www.youtube.com/watch?v=YhwIrONyEzg

Stanley Kubrick a, lui aussi, proposé un duel plutôt « sobre » dans Barry Lyndon :

Girard-Traité des armes-1740-pl76

Pour ce qui est des différences d’escrime, la confrontation entre un combattant armé d’une épée de cour et un autre maniant le broadsword des highlanders a été mise en scène dans le film Rob Roy, de Michael Caton-Jones :

Des affrontements « sportifs », mais non « chorégraphiés » entre escrimeurs ainsi armés sont visibles sur le net. Par exemple :

https://www.youtube.com/watch?v=i15NJRo57Ko

On trouve aussi des exemples d’affrontements sportifs entre épée de cour et sabre de duel :

https://www.youtube.com/watch?v=tCHw9sFNOLk

Girard-Traité des armes-1740-pl16

Quand votre personnage terraincognitesque mettra la main à l’épée de cour, pensez rapidité, fluidité, létalité, mais surtout, dans l’esprit de ce jeu, élégance.

* * * * *

Les gravures sont extraites du Traité des armes, de Pierre Jacques François Girard (1740). Ce traité est postérieur à la période de Terra Incognita, mais son texte est plutôt court et il est illustré de nombreuses gravures, ce qui permet de s’en imprégner plus facilement que d’autres (au moins pour les curieux du sujet).

Pour rire : la vidéo promotionnelle (https://www.youtube.com/watch?v=txe5x9CduWA) d’une réplique d’épée de cour, fabriquée par une grande marque de la coutellerie industrielle, Cold Steel. La séquence à partir de 0:33 me fait pleurer de rire, quand le « démonstrateur » utilise toute sa force brute pour transpercer une cible de coupe pour katana : cette utilisation de la force brute est à l’exact opposé de ce pourquoi l’épée de cour a été pensée : la vitesse de pointe portée par la vitesse du bras, et non par le poids du corps. Je vous conseille le même « démonstrateur » dans une vidéo sur un sabre chinois, dans laquelle il se laisse emporter en déséquilibre par ses mouvements de « gros bill » (https://www.youtube.com/watch?v=8PQiaurIiDM).

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Quoi ? Tu es une fille ??

Bon, tu as sûrement dû t'égarer sur ce blog ^^

Je te conseille putôt de te rendre sur ce site de création de bijoux fait main.

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On reste en tout cas entre gens de bon goût.

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